” Dieu ne bouscule pas, il avance lentement avec chacun d’entre nous “

Dans ce passage de l’évangile, Saint Matthieu vise bien au-delà du simple fonctionnement de la communauté. Il renvoie à l’identité de l’ Église, icône de la Trinité, et à sa capacité de la rendre crédible aux yeux du monde. Comment trouver l’accord pour que nos voix s’harmonisent ? Rappelons que le mot grec pour “se mettre d’accord” est “symphoneo”. De cette racine vient notre “symphonie” qui connote un équilibre toujours à chercher, jamais acquis une fois pour toutes.

Le propos  évangélique est réaliste. Il envisage des étapes. l’insertion de témoins manifeste l’importance de sortir d’une subjectivité enfermée sur elle-même et ses émotions pour s’ouvrir à un regard extérieur garant de l’objectivité.

Jésus a insisté pour que ses disciples ne se jugent pas entre eux. Une certaine parabole de la paille et de la poutre est bien connue. Pourtant, Jésus, aujourd’hui, nous invite à pratiquer la « correction fraternelle » : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute ». N’est-ce pas là une manière de juger ? Non ! Car il faut prendre tout l’évangile.

Avant toutes choses, je dois faire la lumière sur moi-même, reconnaître mes propres péchés, la « poutre » qui est dans mon œil. Cette première démarche me situe dans une attitude de vérité et d’humilité : que je n’aille pas me croire meilleur que les autres ! Mais ici Jésus donne une « méthode » pour cette correction fraternelle : d’abord parler à l’autre seul à seul. Si cela ne suffit pas, prendre avec soi un ou deux témoins. Si l’autre refuse encore d’écouter, alors il faut élargir la remise en question en prenant à témoin la communauté. C’est là un cheminement qui demande beaucoup de temps et de patience. Il ne sert pas à grand chose d’être tranchant, de condamner tout de suite, sans appel.

Si Jésus nous demande d’agir avec patience et délicatesse, c’est parce que lui-même agit ainsi. Et s’il agit ainsi, c’est parce que le Père agit ainsi… Dieu ne bouscule pas, il avance lentement avec chacun d’entre nous parce qu’il épouse nos propres lenteurs. Il ne se décourage pas devant mes difficultés à me corriger. A moi, dès lors, d’agir ainsi avec mes frères !   

Père José