Visites malades du Covid à l’hôpital

Chaque soir, à 20h et depuis plus d’un mois maintenant, nous sommes tous les témoins – voire les acteurs – des marques de reconnaissance qui sont adressées à tous les membres du personnel de la santé qui se dévouent au service des personnes malades du COVID 19. De fait, ils méritent largement notre reconnaissance à tous, et cela d’autant plus que nous les savons en manque de moyens, tant humains que financiers et matériels…

En tant que prêtre référent de l’hôpital de Fontainebleau, j’ai la possibilité, avec plusieurs de mes autres frères prêtres, d’être témoin direct de leur dévouement auprès de nos frères et sœurs souffrants qui, en plus de l’épreuve de santé qu’ils connaissent, se trouvent particulièrement isolés compte tenu des exigences actuelles du « confinement ». Seul un prêtre peut leur rendre visite et cela uniquement à leur demande ou à celle de leurs familles : ni les membres de celles-ci, ni les membres de l’équipe de l’aumônerie de l’hôpital ne peuvent se rendre en effet à leurs côtés.

Ayant été appelé à plusieurs reprises, ces dernières semaines, pour aller visiter des personnes hospitalisées dans les différents services de « réanimation », de « post-urgences », ou de « médecine », j’ai été profondément touché par la joie que celles-ci manifestent qu’un prêtre vienne les voir, et de pouvoir recevoir par lui le pardon du Seigneur, dans le sacrement de la réconciliation, ainsi que sa force et sa paix, à travers l’onction des malades : dans cette situation de souffrance et d’isolement qu’elles connaissent, elles font l’expérience de la proximité et de la miséricorde du Seigneur Lui-même vis-à-vis d’elles, et elles en sont bouleversées : Lui, notre Dieu, ne nous abandonne jamais et vient nous donner de pouvoir vivre toute notre vie uni à Lui, dans le mystère de sa Croix et de sa Résurrection. Et quelle joie et quel motif d’action de grâce, pour moi et pour mes frères prêtres, que de pouvoir donner au Christ la possibilité de rejoindre ainsi les brebis souffrantes de son troupeau, qu’elles en soient conscientes ou non, et d’être témoin et instrument de sa Miséricorde : à travers l’onction des malades, il vient agir au plus profond du cœur de chacun de ceux qui la reçoivent, leur communiquer la puissance de son amour, de sa Paix.

C’est également une joie profonde pour moi que de pouvoir, à la place qui est la mienne, être auprès des membres du personnel soignant, que je connais pour nombre d’entre eux, et de leur manifester que l’Eglise les accompagne, qu’elle est présente à leur côté. Beaucoup d’entre eux manifestent, d’une manière ou d’une autre, leur reconnaissance pour cela, qu’ils perçoivent comme un authentique soutien qui leur est apporté. Je suis heureux de pouvoir échanger avec eux, d’avoir la possibilité de les remercier pour ce qu’ils font, et même de leur dire que nous prions pour eux : cela ne les laisse généralement pas indifférents… Je n’en ai pas moins conscience que mon implication personnelle est sans commune mesure vis-à-vis de la leur : ils sont aux côtés de nos frères et sœurs souffrants jour et nuit, prenant des risques pour leur propre santé, et pour celles des leurs par voie de conséquence. Hier, par exemple, je rencontrais une infirmière qui, alors qu’elle m’aidait à m’habiller pour aller visiter un malade (voir la photo ci-jointe…), me disait avoir elle-même été malade du COVID la semaine précédente, mais qu’elle allait mieux désormais… Elle était là, fidèle à son service, et souriante.

Alors que j’écris ce témoignage, je viens d’apprendre qu’il est désormais possible pour un prêtre d’aller visiter nos frères et sœurs aînés qui résident dans l’EHPAD attenant à l’hôpital, alors que jusqu’à présent cela nous était rigoureusement impossible, et que nous savions que bien d’entre eux étaient malades, et sans aucune possibilité de visites… Je suis profondément heureux de la possibilité de pouvoir aller visiter ceux auprès desquels je serai appelé, pour pouvoir leur manifester notre amour fraternel et leur transmettre cette paix et cette force que le Seigneur veut transmettre à chacun de ceux qui se tournent vers Lui avec confiance, à travers ses sacrements. Surtout, n’hésitez pas à joindre vos prêtres, si vous connaissez telle ou telle personne en difficulté de santé, qui souhaiterait pouvoir recevoir le sacrement des malades ! Vous lui rendrez ainsi un éminent service fraternel !

Cette période de souffrance est l’occasion pour nous tous de redécouvrir combien nous sommes appelés à être solidaires les uns les autres, et à être donc attentifs d’une manière renouvelée à tous ceux d’entre nous qui sont en situation de fragilité. Alors que nous allons bientôt entrer dans le mois de mai, qui lui est particulièrement consacré, demandons ensemble à la Vierge Marie, notre Mère, qu’elle nous aide à exercer vis-à-vis de chacun d’eux une authentique charité fraternelle, et à être ainsi témoins de la tendresse de notre Père du ciel pour chacun de ses enfants ! Merci pour votre prière !

Bien fraternellement à chacun.

Philippe Marchand +