L’assomption

 

« Le Puissant fit pour moi des merveilles, Saint est son nom ! » (Lc 1, 49).

Avec Marie, que le Christ, son divin Fils, a élevée dans sa Gloire à ses côtés, en son âme et en son corps, c’est toute l’Eglise qui est appelée à chanter aujourd’hui les merveilles que le Seigneur a faites pour elle, et donc pour chacun de ses enfants ! Le « Magnificat » de Marie est de fait la prière de toute l’Eglise, que celle-ci chante chaque jour à l’office de Vêpres.

Mais est-il véritablement possible d’être dans cette attitude d’action de grâces et de louange vis-à-vis du Seigneur, alors que la réalité du mal, sous toutes ses formes, est si présente dans la vie de notre monde, et bien souvent dans nos propres vies ou au sein de nos familles ? Comment faire le lien entre le triomphe de Marie dans la gloire et la joie à laquelle nous nous découvrons appelés, et ce que nous avons aujourd’hui à vivre au cœur de ce monde bien blessé ?

De fait, nous sommes obligés de constater que si la réalité du mal a trouvé nombre d’expressions diverses et terribles durant toute l’histoire de l’humanité, et particulièrement lors du 20ème siècle, cette réalité trouve aujourd’hui des expressions encore plus profondes et plus insidieuses qu’auparavant : l’homme ne prend-il pas en effet de plus en plus la place même de Dieu, voulant exercer sa « liberté » sans plus aucune référence à la Sagesse créatrice de Dieu, allant jusqu’à se faire, de bien des manières, le maître de la vie et de la mort ?  Oubliant que Dieu est Créateur et Père, et que nous sommes appelés à être frères les uns des autres, nos sociétés n’en viennent-elles pas à être de plus en plus marquées par l’individualisme, par les divisions, par la violence sous toutes ses formes ? Nous voyons que plus l’homme s’éloigne de Dieu, plus il devient inhumain. L’épidémie du « coronavirus », n’a-t-elle pas fait apparaître toutes les fragilités de nos sociétés ?

Et pourtant, la fête de l’Assomption de la Vierge Marie est bien une invitation à l’Espérance !

Le chapitre 12 de l’Apocalypse, que nous lisons lors de la messe de cette fête, nous présente la vision d’une « Femme », revêtue du Soleil, la lune sous les pieds, avec sur la tête une couronne de douze étoiles : cette Femme, c’est Marie et, en même temps, c’est l’Eglise, dont la Vierge Marie est « la figure et le modèle » (cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 53). Le Dragon rouge feu, qui apparaît ensuite dans le ciel, aussi terrible et impressionnant qu’il puisse être, ne peut rien contre la Femme, qui est conduite par Dieu au désert, hors de son atteinte. Cela nous signifie que quelles que soient les manifestations du mal et la puissance apparente de celui-ci, la Miséricorde de Dieu est déjà victorieuse et à l’œuvre au cœur de nos vies, de la vie du monde. Une femme, qui est « de notre race » a en effet part en plénitude, en son âme et en son corps, à la victoire du Christ sur la mort et sur le péché, pour que toute l’Eglise, dont Marie est aussi la Mère, puisse être glorifiée !

Oui, la glorification de Marie annonce notre propre glorification, notre propre participation à la victoire du Christ sur la puissance du mal, et cela dès maintenant ! Mais comment faire l’expérience de cela, pour que ce ne soit pas pour nous seulement des mots, qui ne trouveraient que peu d’échos en nos cœurs et en nos vies ?

Avec cette « Femme », qui est Marie, et donc aussi avec toute l’Eglise, il nous faut nous laisser conduire par Dieu au désert ! Le désert, dans la Bible, est le lieu de l’adoration véritable, le lieu de la rencontre avec Dieu, le lieu où il vient faire Alliance avec nous. Oui, il nous aller dans ce « lieu » intérieur qui est notre cœur pour y adorer le Seigneur, « en esprit et en vérité » (Jn 4, 23-24).  L’adoration du Christ présent dans son Eucharistie, est une manière privilégiée de vivre cela : lorsque nous venons l’adorer dans le sacrement de son Amour, Il nous donne d’entrer dans une relation intime avec Lui, de découvrir sa présence à l’intime de nous-mêmes, de le laisser nous unir de plus en plus profondément à Lui. Plus nous prenons le temps de la prière, de l’intimité avec Lui, dans la foi, plus Il peut nous donner d’avoir part à sa résurrection, à sa victoire sur le mal. Comme il l’a fait au soir de Pâques avec ses Apôtres, il peut nous dire : « la Paix soit avec vous ! » (Jn 20, 19-21), une Paix profonde inébranlable, que nul ne peut nous ôter

La réalité du mal, sous toutes ses formes, ne disparaît certes pas, mais nous ne sommes plus alors « submergés » par elle : avec Jésus, nous marchons sur la mer agitée de ce monde, vivant déjà de la puissance de sa résurrection (cf. Mt, 14-22-32). Nous pouvons alors être les témoins de son Amour auprès de chacun de nos frères, car nous aurons accueilli nous-mêmes cet Amour au fond de nos cœurs, pour qu’il y règne !

La Vierge Marie, qui est dans la Gloire en son âme et en son corps, est toujours présente à nos côtés pour nous aider, maternellement, à nous tourner vers son divin Fils comme elle-même l’a toujours fait durant sa vie terrestre, dans la confiance et dans l’amour. Demandons-lui qu’elle nous apprenne à venir à Lui, à l’écouter, à l’adorer. Par la prière du Rosaire nous lui donnerons aussi la possibilité de nous aider à contempler son Fils, le Fils de Dieu, en tout ce qu’Il a vécu pour nous : Il pourra nous transformer en Lui, et nous ferons de plus en plus l’expérience de la vérité de cette parole du Psaume 33 : « Qui regarde vers Lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage ». Unis à Marie, nous pourrons alors être, en vérité, ses témoins auprès de chacun de nos frères, les témoins de la victoire de son Amour !

Bonne fête de l’Assomption de la Vierge Marie à chacun de vous !

Père Philippe Marchand +

Chanter Marie avec le site de la chorale du pôle