Découvrir la famille de sainte Thérèse (1)

 

SAINTE THERESE DE L’ENFANT JESUS ET DE LA SAINTE FACE

 

 

Lorsqu’en 1997 il a été proposé que les reliques de Sainte Thérèse de Lisieux parcourent le diocèse de Meaux, les doyennés prêts à les accueillir devaient se signaler. Je dois dire que je n’étais pas très enthousiasmé par cette proposition. D’une part Sainte Thérèse de Lisieux m’apparaissait comme une sainte poussiéreuse, complètement décalée avec notre époque (c’est l’impression que m’avait laissé ceux qui m’en avait parlé lorsque j’étais enfant). D’autre part je n’avais jamais été attiré par cette dévotion autour des reliques.

 

Mais, curé doyen de Montereau, je savais que cela ferait plaisir à de nombreux paroissiens. De plus nous avions alors un Carmel sur le doyenné, le Carmel de Forges. Je n’ai donc pas pu faire autrement que d’accepter que les reliques fassent escale chez nous. Ayant malgré tout une certaine « conscience professionnelle », je me suis mis en devoir de lire « Histoire d’une âme » et quelques ouvrages concernant Sainte Thérèse de Lisieux dont ceux écrits par Mgr Guy Gaucher. Je me suis également procuré quelques DVD pour présenter Sainte Thérèse aux familles, parents et enfants.

 

Lorsque les reliques sont arrivées à Notre-Dame des Nations à Montereau Surville, j’ai été surpris de la foule qui a défilé toute l’après-midi et toute la soirée : des gens de tous âges, de toutes conditions, y compris des non chrétiens. Une prière perpétuelle, intense et digne qui conduisait au Christ. J’ai réalisé à ce moment-là que les reliques, comme leur nom l’indique, reliaient. C’était un moyen tout simple d’être relié avec quelqu’un qui nous conduisait vers Celui que Thérèse a toujours servi : le Seigneur Jésus. Mais également de nous relier les uns aux autres. En effet, les rencontres qui ont eu lieu à cette occasion furent d’une grand densité… et nous reliaient les uns aux autres dans une joie profonde.

Et c’est là que, comme a pu le dire la prieure du Carmel de Forges de l’époque, Sainte Thérèse m’a bien eu : elle m’a en quelque sorte convertie à sa petite voie.

 

Bien loin d’être poussiéreuse, j’ai découvert une sainte de tous les temps et donc de notre temps. Une sainte qui a eu à se battre contre elle-même pour avancer sur le chemin de l’Évangile. En quelque sorte une sainte qui n’a pas toujours été sainte.

Thérèse n’a pas eu une vie simple, bien qu’étant entourée d’une famille très aimante et attentionnée. D’abord, c’est une enfant, avec son caractère pas toujours commode :

Elle est capable de se mettre dans des « furies épouvantables à se rouler par terre quand les choses ne sont pas à son idée » nous dit dans une de ses lettres Zélie Martin (mère de Sainte Thérèse). Colérique, têtue, hypersensible : alors qu’elle a un grand désir d’être proche de Jésus, elle doit lutter contre son tempérament parfois excessif.

 

Sa maman décède alors qu’elle n’a que 4 ans. Elle a 10 ans lorsque sa sœur Pauline qu’elle s’était choisie comme sa maman d’adoption entre au Carmel de Lisieux. Ce départ de Pauline plonge Thérèse pendant plusieurs semaines dans un état dépressif profond, comme si elle n’avait plus envie de vivre. Il faudra le sourire de la Sainte Vierge qu’elle voit sur la statue posée près de son lit pour la guérir de son mal profond.

Elle a eu son lot d’inquiétudes, de souffrances, de joies également.

 

Thérèse se sent elle aussi appelée par le Seigneur à être Carmélite. Il lui faudra toute sa ténacité pour obtenir l’autorisation d’entrer au Carmel à l’âge de 15 ans.

Elle fait l’expérience de la vie communautaire

« J’ai trouvé la vie religieuse telle que je me l’étais figurée… mes premiers pas ont rencontré plus d’épines que de roses… »

 

Son questionnement l’a conduite à chercher une voie toute simple pour suivre le Christ. Cette simplicité touchera une multitude de gens encore aujourd’hui. Dans un siècle où la tendance était souvent de montrer un Dieu sévère et austère, elle affirme sa foi en un Dieu bon et miséricordieux. Elle dira à l’une de ses sœurs :

« Je t’assure que le Bon Dieu est bien meilleur que tu le crois. Il se contente d’un regard, d’un soupir d’amour… »                                                                          .

« Oui je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui » 

 

Elle est consciente de sa faiblesse. Elle se sait toute petite. Mais elle a une confiance totale dans le Seigneur qui est capable d’utiliser sa faiblesse et sa petitesse pour faire de grandes choses. Réalisant qu’elle ne peut s’élever par ses propres forces jusqu’à Dieu, elle utilise l’image d’une invention toute récente à son époque : L’ascenseur !

 

  « L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus »

 

A la demande de ses sœurs, elle écrit ses souvenirs d’enfance, et dans les derniers mois avant sa mort, ses souvenirs de carmélites.

Elle va connaître l’épreuve de la maladie et de la souffrance alors qu’elle n’a que 23 ans.  Au cours de ces mois de souffrance, sa foi est mise à rude épreuve. Elle est rongée par le doute, par un sentiment d’absence de Dieu. Elle meurt le 30 septembre 1897 à l’âge de 24 ans. Elle dira : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie ».

 

A sa mort, une carmélite se demandait « Qu’est-ce qu’on va pouvoir dire de Sœur Thérèse ? » sa vie lui semblant sans reliefs. Pourtant, ses souvenirs vont être publiés sous le titre « Histoire d’une âme ». Et c’est un succès immédiat. Aujourd’hui traduit en 50 langues au moins, son tirage est estimé à environ 500 millions d’exemplaires. Tant de gens se sentent attirer et aiment cette petite carmélite pourtant inconnue de son vivant !

 

Le parcours de Sainte Thérèse n’a donc pas été simple.

Elle a dû traverser un certain nombre d’épreuves, des difficultés qui peuvent rejoindre celles que nous vivons soit personnellement, soit en famille, soit en communauté.   Et elle devra prendre sur elle pour avoir une vie plus conforme à l’Évangile.  Comme chacun de nous, elle est confrontée à ses contradictions, entre son désir profond de suivre le Christ et puis, au quotidien, la difficulté de ses propres limites.

 

Elle aura à vivre plusieurs passages :

Comme nous l’avons dit, il y a le décès de sa maman, l’entrée de Pauline au Carmel et ce qui est appelé « la conversion de Noël » en 1886. Au retour de la messe de minuit, Louis Martin signifie que c’est la dernière année que l’on met les chaussons devant la cheminée car Thérèse est grande maintenant. Thérèse qui a entendu monte dans sa chambre. Connaissant sa sensibilité, ses sœurs craignent une crise de larmes.

 

« J’étais vraiment insupportable par ma trop grande sensibilité (…). Il fallut que le Bon Dieu fasse un petit miracle pour me faire grandir en un moment et ce miracle il le fit au jour inoubliable de Noël » 

« Ce fut le 25 décembre 1886 que je reçus la grâce de sortir de l’enfance, en un mot la grâce de ma complète conversion. » 

« En un instant, l’ouvrage que je n’avais pu faire en 10 ans, Jésus le fit se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut »

 

D’un seul coup Thérèse prend sur elle et redescend en souriant.

A travers un événement tout simple elle apprend avec la force de Dieu à avancer, à grandir.

Au Carmel, elle va chercher à vivre dans les éléments de la vie quotidienne, dans la vie communautaire, l’amour de Dieu : sourire, supporter une sœur au caractère difficile, etc. Mais elle sait qu’elle ne peut pas y arriver toute seule. Seule la force d’amour de Dieu peut la transformer.

Il me semble qu’un des points forts de la petite voie que va proposer Thérèse est de montrer qu’aussi faible que nous puissions être, aussi petit que nous puissions être, le Seigneur veut nous donner sa force pour un vrai chemin de conversion et de transformation. Cette fameuse image de l’ascenseur où, finalement elle nous dit : « je ne peux pas y arriver, je m’en remets dans les mains du Seigneur » est complètement l’inverse d’une religion où on avancerait à la force du poignet par nos propres mérites avec un Dieu qui nous regarderai sévèrement de haut.

« Quelle douce joie de penser que le Bon Dieu est Juste, c’est-à-dire qu’Il tient compte de nos faiblesses, qu’Il connaît parfaitement la fragilité de notre nature. De quoi donc aurais-je peur ? » 

 

Thérèse aurait voulu être missionnaire. Sa santé l’a empêchée de participer à la création d’un carmel à Saïgon au Vietnam. Elle le sera autrement. On confie à sa prière deux missionnaires : l’abbé Bellière et l’abbé Roulland des Mission Etrangères de Paris qui a été missionnaire en Chine. Sa correspondance avec eux montre une fougue missionnaire de Thérèse qui, du fond de son Carmel à Lisieux, porte le monde. Comment s’étonner qu’elle soit maintenant connue et aimer sur presque toute la planète et que ses reliques aient été ainsi accueillies dans le monde entier ?

 

La maladie et la souffrance, comme nous l’avons évoqué seront un autre aspect important de la vie de de Thérèse.  Elle rejoint ceux d’entre nous qui peuvent vivre des grandes souffrances. Et dans cette épreuve, sa foi est mise à mal :

 « Mon âme fût envahie par les plus épaisses ténèbres et… la pensée du Ciel si douce pour moi ne fut plus qu’un sujet de combat et de tourment… Cette épreuve ne devait pas durer quelques jours, quelques semaines, elle devait ne s’éteindre qu’à l’heure marquée par le Bon Dieu et… cette heure n’est pas encore venue. »

Elle a vécu nos combats jusqu’à l’extrême : Elle demande qu’on ne laisse pas de médicaments à sa portée, ni à celle de malades souffrant des mêmes tortures, jamais. Le 22 septembre, elle avoue : « Si je n’avais pas eu la foi ! je me serais donné la mort sans hésiter un seul instant. »

Sainte Thérèse devient compagnon de route dans nos propres combats. Elle est comme une sœur aînée dans la foi à qui nous pouvons demander de prier le Seigneur pour nous afin que dans le temps de de la maladie ou de l’épreuve il nous donne sa main. Nous pouvons demander à Sainte Thérèse de prier pour nous dans tous les moments difficiles de notre vie.

 

A travers sa souffrance, Thérèse dira qu’elle comprend quelque chose des souffrances du Christ :

« Notre-Seigneur au jardin des Oliviers jouissait de toutes les délices de la Trinité, et pourtant son agonie n’en était pas moins cruelle. C’est un mystère, mais je vous assure que j’en comprends quelque chose par ce que j’éprouve moi-même. » (…)

 

Histoire d’une âme, la vie de Sainte Thérèse n’est pas un livre de bons conseils pieux. Ce que nous donne Thérèse, c’est son expérience de vie, ses combats, ses échecs, ses réussites.  Une vie toute simple qui rejoint la nôtre.  Sa sainteté s’est vécue à travers les épreuves petites et grandes de la vie de chaque jour. Elle n’a pas fait de grandes théories, elle a simplement essayé de vivre l’Evangile au quotidien, elle a simplement essayé d’aimer, elle s’est confrontée à la réalité, comme nous. C’est sans doute pour cela que tant de personnes sont attachées à Ste Thérèse. La « Petite voie » a fait d’elle un « Docteur de l’Eglise », c’est-à-dire un maître à penser.

 

Ste Thérèse a dit : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre ».

A l’occasion du passage des reliques de Sainte Thérèse et de ses parents, nous pouvons peut-être les invoquer afin de nous laisser faire par le Seigneur en acceptant d’être faible et de prendre place dans le même ascenseur que Thérèse : « « L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! »

 

Béatifiée le 29 avril 1923 à Rome par le pape Pie XI

Canonisée le 17 mai 1925 à Rome par le pape Pie XI

Fêtée le 01 octobre

 

Père Olivier de Vasselot

Curé in solidum du pôle de Coulommiers

 

   Prière inspirée des écrits de sainte Thérèse

“Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus,
Je t’invoque au nom de ton amour pour Jésus.
Toi qui aimais les choses simples,
Donne-moi de rester bien loin des choses qui brillent,
D’aimer ma petitesse,
Et d’être pauvre d’esprit,
Afin que Jésus vienne me chercher
Pour me transformer en flammes d’amour.
Que la confiance me mène à l’amour,
Que la paix s’empare de mon cœur,
Et que tout mon être ne désire
Que ce que Jésus désire.
Guide-moi, ô, chère petite sainte !
Et que, par ta puissante intercession,
Dieu accueille ma prière et daigne l’exaucer :
(dire ici votre intention).”

Faire suivre cette prière d’un gloire au Père.

 

 

Un beau résumé de la vie de Sainte Thérèse sur le site du Carmel de Lisieux :

https://www.carmeldelisieux.fr/sainte-therese.html